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Le roman de la rose by G. de Lorris and J. de Meung

Le roman de la rose Chapter 1 No.1

Ci est le Roman de la Rose,

Où l'art d'Amour est toute enclose.

Maintes gens disent que les songes

Ne sont que fables et mensonges;

Mais on peut tel songe songer,

Qui ne soit certes mensonger

Et par la suite vrai se treuve[1].

Moult évidente en est la preuve

Dans la fameuse vision

Advenue au roi Scipion,

Dont Macrobe écrivit l'histoire[2b];

Car aux songes il daignait croire.

Bien plus, si quelqu'un pense ou dit

Que soit sottise ou fol esprit

De croire qu'ils se réalisent,

Eh bien, que ceux-là fol me disent;

Car je crois, moi, sincèrement

Qu'un songe est l'avertissement

Des biens et maux qui nous attendent;

Et maints avoir songé prétendent

La nuit choses confusément,

Qu'on voit ensuite clairement.

[p.4]

Où vintiesme an de mon aage,23

Où point qu'Amors prend le paage

Des jones gens, couchiez estoie

Une nuit, si cum je souloie,

Et me dormoie moult forment,

Si vi ung songe en mon dormant,

Qui moult fut biax, et moult me plot.

Mès onques riens où songe n'ot

Qui avenu trestout ne soit,

Si cum li songes recontoit.

Or veil cel songe rimaier,

Por vos cuers plus fere esgaier,

Qu'Amors le me prie et commande;

Et se nus ne nule demande

Comment ge voil que cilz Rommanz

Soit apelez, que ge commanz:

Ce est li Rommanz de la Rose,

Où l'art d'Amors est tote enclose.

La matire en est bone et noeve[3]:

Or doint Diez qu'en gré le re?oeve

Cele por qui ge l'ai empris.

C'est cele qui tant a de pris,

Et tant est digne d'estre amée,

Qu'el doit estre Rose clamée.

Avis m'iere qu'il estoit mains,

Il a jà bien cincq ans, au mains,

En mai estoie, ce songoie,

El tems amoreus plain de joie,

El tens où tote riens s'esgaie,

Que l'en ne voit boisson ne haie

Qui en mai parer ne se voille,

Et covrir de novele foille;

[p.5]

J'avais vingt ans; c'est à cet age23

Qu'Amour prend son droit de péage

Sur les jeunes coeurs. Sur mon lit

étendu j'étais une nuit,

Et dormais d'un sommeil paisible.

Lors je vis un songe indicible,

En mon sommeil, qui moult me plut;

Mais nulle chose n'apparut

Qui ne m'advint tout dans la suite,

Comme en ce songe fut prédite.

Or veux ce songe rimailler

Pour vos coeurs plus faire égayer;

Amour m'en prie et me commande;

Et si nul ou nulle demande

Sous quel nom je veux annoncer

Ce Roman qui va commencer:

Ci est le roman de Rose

Où l'art d'Amour est toute enclose.

La matière de ce Roman

Est bonne et neuve assurément[3b];

Mon Dieu! que d'un bon oeil le voie

Et que le re?oive avec joie

Celle pour qui je l'entrepris;

C'est celle qui tant a de prix

Et tant est digne d'être aimée,

Qu'elle doit Rose être nommée.

Il est bien de cela cinq ans;

C'était en mai, amoureux temps

Où tout sur la terre s'égaie;

Car on ne voit buisson ni haie

Qui ne se veuille en mai fleurir

Et de jeune feuille couvrir.

Les bois secs tant que l'hiver dure

En mai recouvrent leur verdure;

[p.6]

Li bois recovrent lor verdure,55

Qui sunt sec tant cum yver dure,

La terre méismes s'orgoille

Por la rousée qui la moille,

Et oblie la poverté

Où ele a tot l'yver esté.

Lors devient la terre si gobe,

Qu'el volt avoir novele robe;

Si scet si cointe robe faire,

Que de colors i a cent paire,

D'erbes, de flors indes et perses,

Et de maintes colors diverses.

C'est la robe que je devise,

Por quoi la terre miex se prise.

Li oisel qui se sunt téu,

Tant cum il ont le froit éu,

Et le tens divers et frarin,

Sunt en mai por le tens serin,

Si lié qu'il monstrent en chantant

Qu'en lor cuer a de joie tant,

Qu'il lor estuet chanter par force.

Li rossignos lores s'efforce

De chanter et de faire noise;

Lors s'esvertue, et lors s'envoise

Li papegaus et la kalandre[4]:

Lors estuet jones gens entendre

A estre gais et amoreus

Por le tens bel et doucereus.

Moult a dur cuer qui en mai n'aime,

Quant il ot chanter sus la raime

As oisiaus les dous chans piteus.

En iceli tens déliteus,

Que tote riens d'amer s'effroie,

Sonjai une nuit que j'estoie,

[p.7]

Lors oubliant la pauvreté 57

Où elle a tout l'hiver été,

La terre s'éveille arrosée

Par la bienfaisante rosée.

La vaniteuse, il faut la voir,

Elle veut robe neuve avoir;

De mille nuances, pour plaire,

Robe superbe sait se faire,

Avec l'herbe verte, des fleurs

Mariant les belles couleurs.

C'est cette robe que la terre,

A mon avis, toujours préfère.

Les oiselets silencieux

Par le temps sombre et pluvieux,

Et tant que sévit la froidure

Sont en mai, quant rit la nature,

Si gais, qu'ils montrent en chantant

Que leur coeur a d'ivresse tant

Qu'il leur convient chanter par force,

Le rossignol alors s'efforce

De faire noise et de chanter,

Lors de jouer, de caqueter

Le perroquet et la calandre[4b];

Lors des jouvenceaux le coeur tendre

S'égaie et devient amoureux

Pour le temps bel et doucereux.

Quand il entend sous la ramée

La tendre et gazouillante armée

Qui n'aime, il a le coeur trop dur!

En ce temps enivrant et pur

Qui l'amour fait partout éclore,

Une nuit, m'en souvient encore,

Je songeai qu'il était matin;

De mon lit je sautai soudain,

[p.8]

Ce m'iert avis en mon dormant, 89

Qu'il estoit matin durement;

De mon lit tantost me levai,

Chau?ai moi et mes mains lavai.

Lors trais une aguille d'argent

D'ung aguiller mignot et gent,

Si pris l'aguille à enfiler.

Hors de vile oi talent d'aler,

Por o?r des oisiaus les sons

Qui chantoient par ces boissons

En icele saison novele;

Cousant mes manches à videle,

M'en alai tot seus esbatant,

Et les oiselés escoutant,

Qui de chanter moult s'engoissoient

Par ces vergiers qui florissoient,

Jolis, gais et plains de léesce.

Vers une riviere m'adresce

Que j'oi près d'ilecques bruire,

Car ne me soi aillors déduire

Plus bel que sus cele riviere.

D'ung tertre qui près d'iluec iere

Descendoit l'iave grant et roide,

Clere, bruiant, et aussi froide

Comme puiz, ou comme fontaine,

Et estoit poi mendre de Saine,

Més qu'ele iere plus espandu?.

Onques més n'avoie véu?

Cele iave qui si bien coroit:

Moult m'abelissoit et séoit

A regarder le leu plaisant.

De l'iave clere et reluisant

Mon vis rafreschi et lavé.

Si vi tot covert et pavé

[p.9]

Je me chaussai, puis d'une eau pure 91

Lavai mes mains et ma figure;

Dans son étui mignon et gent

Je pris une aiguille d'argent

Que je garnis de fine laine,

Puis je partis emmi la plaine

écouter les douces chansons

Des oiselets dans les buissons

Qui fêtaient la saison nouvelle.

Cousant mes manches à vidèle,

Seul j'allai prendre mes ébats,

Témoin de leurs joyeux débats,

De leur grace et leur allégresse,

Par ces vergers en grand' liesse.

Tout près un grand ruisseau coulait

Dont le murmure m'appelait;

J'y courus. Jamais paysage

Ne vis plus beau que ce rivage.

D'un tertre vert et rocailleux

Descend, en bonds tumultueux,

L'onde aussi froide, claire et saine

Comme puits ou comme fontaine.

La Seine est un fleuve plus grand,

Mais moins belle au large s'épand.

Je n'avais oncques cette eau vue

Qui si bien court et s'évertue.

Dans un charme délicieux

Plongé, je promenais mes yeux

Partout ce riant paysage;

De l'onde claire mon visage

Je rafra?chis lors et lavai,

Et je vis couvert et pavé

Son lit de pierres et gravelle.

La prairie était grande et belle

[p.10]

Le fons de l'iave de gravele; 123

La praérie grant et bele

Très au pié de l'iave batoit,

Clere et serie et bele estoit

La matinée et atrempée:

Lors m'en alai parmi la prée

Contre val l'iave esbanoiant,

Tot le rivage costoiant.

* * *

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