ment qui se prépare. Si Mme Van Belt rencontre Mme Van Bilt, après les salutations d'usage elles abordent le grave sujet de conversation. Elles s'informent réciproquement des toilettes que
ncent à se faire servir. Même les plus huppés, s'ils insistent, s'attirent cette réponse: ?Impossible, madame, car ce jour-là nous avons le bal chez les Dobouziez!? Le traiteur Balduyn, chargé de l'organisation du buffet et du souper, prépare des prodiges. Toutes les banquettes des tapissiers et entrepreneurs de fêtes ont été mises en réquisition. Mais rien n'égale le coup de feu chez les couturières. à Bruxelles
réparatifs, Mme Dobouziez ne tient plus en place; son embonpoint croissant la désolait: grace à ce remue- ménage et à cette gymnastique, elle perdra quelques livres. Gina et le cousin Guillaume se montrent les plus
en buvant leur café froid et en retirant le ?briquet? de leur musette. Ces braves gens ne savent pas au juste ce qui va se passer, mais, depuis quelques jours, c'est
pension, car il ne trouverait
ouziez dans la maison, ces messieurs discutent sérieusement des points d'étiquette, de convenances, de tenue. Les trois privilégiés consultent d'abord leurs camarades sur la rédaction de la lettre à envoyer à M. et Mme Dobouziez. Faut-il l'adresser à Madame ou à Monsieur? D'accord sur cette formule, il s'agit de s'entendre sur d'autres points d'étiquette. Les gants seront-ils paille ou g
ins, en mollets, à leur poste. à neuf heures, dans la rue tortueuse et mal pavée conduisant à la fabrique, se ris
ngent plus à combler, ne fut jamais c?toyé par cavalcade pareille
es dames blotties dans ces chambrettes roulantes. Mais les pauvresses n'aper?oivent que les feux des lanternes, le miroitement des harnais, l'éclair d'une gourmette, un galon d'or au chapeau d'un cocher. Les
leurs du jour et s'occupe d'alimenter les fourneaux, car les matières ne peuve
res et entendent le mugissement sourd des machines assoupies, mais non endormies, et une odeur dégraisse intrigue leurs narines. Mais déjà la grande porte
à un quart d'heure seulement de leur logis. Il s'agit de représenter dignement le bureau. Ils laissent leurs paletots au vestiaire, très confus des prévenances que leur témoig
noms ne lui disent rien, mais dès qu'ils se sont présentés comme trois des colonnes de la maison Dobouziez et Cie, le sourire accueillant de Mme Dobouziez se pince visiblement. Elle condescend pourtant à ras
à donner et s'excuse. Elle remonte pour ajouter une rose et une
uziez répète à satiété une des trois ou quatre form
a banque; le gros marchand de tableaux coudoie l'usurier déguisé, le parvenu du jour se prélasse à c?té du failli de demain. Chaque invité pourrait justifier de vingt-cinq mille francs de rente ou de deux cents mille livres d'affaires. Judicieuse et sagace proportion. Si les noms clamés par l'huissier se ressemblent, les liens d'identité sont encore plus notoires chez les personnages. Mêmes habits noirs, même cravates blanches, mêmes claques. Mêmes physionomies aussi, car la similitude des professions, le culte commun de l'argent, leur donne un certain air de famille. Les stigmates de labeurs et de préoccupations identiques font se ressembler les apoplectiques et les secs, les gras et les maigres. Il y a des faces épaisses imperturbables et solennelles, contentes d'elles- mêmes, plus fermées que
archand de laine se portent magnétiquement vers l'étoffe des portières et des banquettes. Quelques-uns de ces riches poussent la hauteur et la superbe jusqu'à la monomanie. Le vieux Brullekens ne touchera jamais à une pièce de monnaie, or, argent ou billon, sans qu'au préalable celle-ci ai
ses enfants, et s'il lui arrive de polluer par inadvertance sa droite aristocratique
ué par les soucis et les veilles précoces. Ils ont des fronts vieillots de viveurs mornes excédés de calculs autant que de plaisirs. Quoiqu'ils soient dans le monde, leurs yeux se scrutent et s'interrogent, leurs regards s'escriment comme s'il s'agissait de jouer au plus fin et de ?mettre l'autre dedans?. La pratique du mensonge et du commandement, l'habitude de tout déprécier, de tout marchander, l'instinct cupide et cauteleux enveloppe leur personne d'une température de lièvre; i
rix des cabochons incendiant leurs lobes suffirait pour nourrir durant deux ans une cinquantaine de ménages pauvres. Quant aux jeunes filles, on en fr?le de longues, de maigres, de précoces, de na?ves, de sveltes, de potelées, de blondes, de brunes, de sentimentales, de rieuses, de mija
ous ces hommes graves, ses pairs et ses égaux, M. Dobouziez parait le plus jeune et le moins rébarbatif, du moins ce soir, tant son contentement paternel éclaire son visage géné
et dans les cheveux; sa beauté régulière aux lignes irréprochables se drape avec des mouvements, des flexions, une harmonie de gestes et de contours qui feraient damner un sculpteur. Ces grands yeux noirs, ces lèvres rouges et humides, ce visag
s enfants se montrent l'une à l'autre, en chuchotant, la liste de leurs engagements et se jalousent en secre
out de même les petites Vanderling qui leur ?tapent le plus dans l'oeil?. La bouche et le gilet en coeur, ils ont fait provision de mo
son habit, pérore et gesticule comme s'i
filles, elle pousse résolument Angèle et Cora de leur c?té. Provocantes, capiteuses, stylées par la Parisienne, - c'est ainsi qu'on surnomme Mme Vanderling - une ma?tresse-femme, une matrone rouée comme une procureuse, les petites ne laissent plus de répit à leurs deux poursuivants et c'est presque le gibier qui traque le chasseur. Leur père, l'éminent Vanderling, un fort premier r?le des grandes représentations tribunalices, abandonne
ut et dans rien. Accostez Dupoissy. S'il est seul, après deux minutes, il s'informera, d'un air inquiet, de son ma?tre Béjard. à la suite de son protecteur, il est parvenu à se faufiler partout. Ce sous-ordre ne répugne à aucune des commissions dont le charge l'omnipotent armateur. Il méprise les gens avec qui Béjard ne fraie point, exagère sa morgue, fait siennes ses opinions. Doucereux, gnangnan, prudhommesque, poisseux, lorsque éloi Dupoissy ouvre l
c'est de cette province-là que le Dupoissy s'est exilé pour initier les Anversois à la vie intellectuelle et contribuer à leur rénovation morale. Terrible tare pour un homme de société, un
de menthe, de cachou et d'autres masticatoires, la puanteur se combine à ces t
calicot obèse, il se rappelle son jeune temps. Et il parle dévotement du beau couple formé par M. Béjard et Régina; cela lui évoque, entre autres allégories neuves, la Beauté activant l'essor du Génie. De pareil
ment de leur tache, et ces jeunes personnes, étant aussi jolies et plus aimables que les héritières opulentes, les plumitifs s'estiment aussi heureux que les Béjard, les Saint-Fardier et les
ce bal mémorable est le négociant en grains Théodore Bergmans, ou Door den Bo
e harengs et de marée - de la ruelle des Crabes, les bromures et les iodes, les émanations de sauvagine saturant la boutique souterraine de son bonhomme de père, contribuèrent sans doute à doter le jeune Door de cette complexion saine et appétissante caractérisant les poissonniers et les pêcheurs adolescents. à l'école primaire, où ses parents l'envoyèrent sur les conseils de clients frappés par l'intelligence et la vivacité du gamin, il eut une conduite détestable, mais remporta tous les prix. Il excellait surtout dans les exercices de mémoire et de composition, déclamait comme un acteur. Conduit au théatre flamand, il se passionna pour la langue néerlandaise, la seule langue des petites gens. à quinze ans il fit jouer une pièce de sa fa?on au Poesjenellekelder, guignol établi dans la cave de la vieille Halle-à-la-Viande et où vient se divertir la jeunesse de ce quartier de bateliers et de marchands de moules. Au sortir de l'école communale il ne poursuivit pas ses études, il en savait assez pour se perfectionner sans le secours des ma?tres. Attelé au métier paternel, il augmenta la chalandise par son bagout, sa belle humeur, son esprit acéré, sa faconde goguenarde. Dans la petite bourgeoisie florissaient alors, et encore
sans, soit la majorité de la population autochtone et vraiment anversoise, se fussent jetés dans le feu, - un tribun, un ruwaert. Il avait l'esprit si droit, si lucide, tant de bon sens, une si grande aménité, que les plus délicats lui pardonnaient ses légers
ofusion d'images, un coloris imprévu. Il exprimait son admiration aux femmes dans des termes souvent un peu francs, mais dont ces bourgeoises, excédées de conventions et de banalités, go?
lus intéressant que celui des autres héritières. De son c?té, Gina n'avait pas manqué de lui réserver une des danses tant convoitées. La physionomie ouverte et avenante de Bergmans, l'aisance et le naturel de ses allures, impressionnèrent cette fière jeune fille qui rencontrait pour la première fois un jeune homme digne de fixer son attention.
rgmans et se mêlait à la conversation. L'intérêt qu'elle lui portait n'allait pas sans un peu de dépit contre ce gar?on du peuple, ce révolutionnaire, cette sorte d'intrus qui se permettait d'avoir à la fois plus de figure et plus de conversation que tous les potentats du commerce. Au lieu de lui savoir gré de la modération qu'il mettait à se défendre contre ses épigrammes, elle fut humiliée d'avoir été épargnée, d'autant plus qu'au premier engagement elle avait reconnu sa supériorité. Dans chacun des traits renvo
eura homme du monde, respecta la neutralité du salon où il était r
eurs animosités, et leurs dissentiments, et leurs incompatibilités, et leurs instincts contraires. Béjard n'était pas dupe, du tact et de l'esprit conciliant de son adversaire. Ils lui révélaient une force, un talent, un caractère plus redoutable encore que ceux qu'il avait appris à conna?tre dans les réunions publiq
enait les gens de son espèce. Pourtant la belle humeur ironique et
ns; c'était bien impertinent à lui, petit oracle de carrefour,
s qu'aux autres; le traita en camarade, mais sans que rien dans sa conduite p?t lui faire croire qu'elle le préférai
d'ailleurs, d'importan
parler de ses sentiments. La solidarité de caste et d'intérêts, la communauté de sentimen
als une ardeur, une fièvre si inquiétante que M. Dobouziez dut la supplier de prendre du repos et d
re le change sur leurs pudeurs et leurs pensées intimes. Et tous deux s'en voulaient de cette amitié de
un plaisantin un peu plus en verve que les autres, voilà tout! Devine-t-elle seulement la fascination qu'elle exerce sur moi? ...
, elle aimait cet ?anarchiste?, elle, la fille bien née, l'héritière du nom de
Bergmans de ne pas devine
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