La guerre et la paix, Tome III

La guerre et la paix, Tome III

graf Leo Tolstoy

5.0
Comment(s)
14
View
76
Chapters

Trajectory presents classics of world literature with 21st century features! Our original-text editions include the following visual enhancements to foster a deeper understanding of the work: Word Clouds at the start of each chapter highlight important words. Word, sentence, paragraph counts, and reading time help readers and teachers determine chapter complexity. Co-occurrence graphs depict character-to-character interactions as well character to place interactions. Sentiment indexes identify positive and negative trends in mood within each chapter. Frequency graphs help display the impact this book has had on popular culture since its original date of publication. Use Trajectory analytics to deepen comprehension, to provide a focus for discussions and writing assignments, and to engage new readers with some of the greatest stories ever told."The Moving Picture Girls: Or, First Appearances in Photo Dramas" is part of "The Moving Picture Girls" series. "The Moving Picture Girls" is a series about the adventures of Ruth and Alice DeVere who live with their father who is an actor.

La guerre et la paix, Tome III Chapter 1 1

à la même époque, une lutte acharnée, à laquelle se mêlaient comme d'habitude tous les frelons de cour, se poursuivait, dans les hautes sphères de Saint-Pétersbourg, entre les partis de Roumiantzow, des amis de la France, de l'Impératrice mère et du césarévitch, pendant que la vie de luxe suivait tranquillement son train habituel.

Pour quiconque se trouvait au milieu de ce courant de rivalités et de compétitions de toutes sortes, il était difficile, sinon impossible, de se rendre un compte exact de la situation critique de la Russie: c'étaient toujours les mêmes cérémonies officielles, les mêmes bals, le même théatre fran?ais, les mêmes mesquins intérêts de service. Tout au plus, de temps à autre, causait-on à voix basse de la conduite si différente tenue par les deux Impératrices dans ces graves circonstances. Tandis que l'Impératrice mère, dans la pensée de sauvegarder les divers établissements placés sous son patronage, avait pris déjà toutes les mesures nécessaires pour le transfert des instituts à Kazan, et fait emballer tout ce qui leur appartenait: l'Impératrice élisabeth, avec son patriotisme accoutumé, avait répondu aux demandes d'instructions venues de toutes parts, que, les institutions du gouvernement relevant spécialement de l'Empereur, elle n'avait aucun ordre à donner à cet égard; mais que, quant à elle personnellement, elle serait la dernière à quitter Pétersbourg!

Le 7 septembre, jour de la bataille de Borodino, Mlle Schérer donnait une petite soirée, dont le bouquet devait être la lecture d'une lettre adressée par le métropolite à l'Empereur, à propos de l'envoi qu'il lui faisait d'une image de saint Serge. Cette ép?tre passait pour un chef-d'?uvre de patriotisme et de sentiment religieux. Le prince Basile, qui se flattait d'être un lecteur hors ligne (il lui arrivait parfois de lire chez l'Impératrice), devait en donner connaissance. Son talent consistait à hausser la voix et à passer du grave au doux, sans tenir compte de la signification des mots. Cette lecture avait, comme tout ce qui se faisait chez Anna Pavlovna, une importance politique: la soirée devait réunir quelques personnages influents, et l'on s'était promis de les faire rougir de honte parce qu'ils continuaient à fréquenter le théatre fran?ais. Il y avait déjà beaucoup de monde dans le salon d'Anna Pavlovna, mais elle n'avait pas vu encore appara?tre ceux dont elle jugeait la présence nécessaire pour que l'on p?t commencer la lecture.

La nouvelle qui faisait ce jour-là les frais de la conversation était la maladie de la comtesse Besoukhow, qui, depuis quelque temps, s'abstenait de prendre part aux réunions dont elle faisait l'ornement habituel, ne recevait personne, et, au lieu de se confier à une célébrité de la ville, se faisait soigner par un jeune docteur italien; cet Italien la traitait au moyen d'un remède nouveau et complètement inconnu. Il était plus que probable que la maladie de la charmante comtesse provenait de l'embarras où elle se trouvait d'épouser deux maris à la fois, et que le traitement de l'Italien n'avait pour but que de la tirer de cette fausse situation; mais, en présence d'Anna Pavlovna, personne n'osait soulever cette question délicate, ou y faire la moindre allusion.

?On dit la pauvre comtesse très mal: le médecin parle d'une angine[22]!

-L'angine? Mais c'est une maladie terrible!

-Bah!... Savez-vous que, grace à l'angine, les deux rivaux sont réconciliés?... Le vieux comte est touchant, à ce qu'il para?t. Il a pleuré comme un enfant quand le médecin lui a appris que le cas était grave!

-Oh! ce serait une grande perte!... C'est une femme ravissante!

-Vous parlez de la pauvre comtesse? J'ai envoyé prendre de ses nouvelles. On m'a dit qu'elle allait un peu mieux.... Oh oui! c'est la plus charmante femme du monde, répliqua Anna Pavlovna en souriant de son propre enthousiasme. Nous appartenons à des camps différents, mais cela ne m'empêche pas d'avoir pour elle toute l'estime qu'elle mérite.... Elle est si malheureuse!...?

Un jeune homme imprudent, supposant que ces paroles soulevaient un coin du voile qui abritait le secret de la comtesse se permit de faire observer que le charlatan italien était bien capable d'administrer à sa malade des remèdes dangereux.

?Vos informations peuvent être meilleures que les miennes, dit Mlle Schérer en prenant à partie le jeune homme, mais je sais de bonne source que ce médecin est un homme très savant et très habile. C'est le médecin particulier de la reine d'Espagne!?

Lui ayant ainsi dit son fait, elle se tourna du c?té de Bilibine, qui était en train de faire un bon mot sur le dos des Autrichiens.

?Je trouve cela charmant, disait-il en parlant d'un certain document diplomatique qui accompagnait l'envoi de drapeaux autrichiens pris par Wittgenstein, le héros de Pétropol (ainsi qu'on l'appelait à Pétersbourg).

-Qu'est-ce donc?? lui demanda Anna Pavlovna, avec l'intention de provoquer un silence qui lui perm?t de répéter le mot qu'elle connaissait déjà.

Il s'empressa d'en profiter, et cita les paroles textuelles de la dépêche qu'il avait du reste composée lui-même: ?L'Empereur renvoie les drapeaux autrichiens, drapeaux amis égarés qu'il a trouvés hors de la route[23].

-Charmant, charmant! dit le prince Basile.

-C'est peut-être la route de Varsovie,? dit tout haut le prince Hippolyte. On se retourna pour le regarder, car ces paroles n'avaient aucun sens. Il répondit à cet étonnement général par un air d'aimable satisfaction. Il ne comprenait pas plus que les autres ce qu'il avait dit, mais il avait remarqué, dans sa carrière diplomatique, que des phrases prononcées de cette fa?on passaient parfois pour très spirituelles; aussi avait-il à tout hasard jeté les premiers mots qui s'étaient trouvés au bout de sa langue, en se disant: ?Il en sortira peut-être quelque chose de très bien; dans le cas contraire, il se trouvera toujours quelqu'un qui en tirera parti.? Le pénible silence qui suivit son mot fut interrompu par l'entrée de la personne ?qui manquait de patriotisme?, et qu'Anna Pavlovna se disposait à ramener à de meilleurs sentiments, mena?ant gracieusement du doigt le prince Hippolyte, elle invita le prince Basile à se rapprocher de la table, fit placer des bougies devant lui, et, lui tendant le manuscrit, le supplia d'en faire la lecture.

?Très Auguste Souverain et Empereur!? commen?a le prince Basile d'un ton solennel, en jetant sur son auditoire un regard qui semblait condamner d'avance celui qui aurait osé protester contre ces paroles. Personne ne souffla mot.... Moscou, la première capitale, la nouvelle Jérusalem, re?oit ?son Christ?, continua-t-il en appuyant sur le pronom, comme une mère qui entoure de ses bras ses fils pleins de ferveur, et, prévoyant, à travers les ténèbres qui s'élèvent, la gloire éblouissante de ta puissance, elle chante avec extase: ?Hosannah, béni soit celui qui vient!? On sentait des larmes dans la voix du prince Basile à cette dernière phrase. Bilibine regardait attentivement ses ongles; d'autres personnes avaient l'air embarrassé. Anna Pavlovna, prenant les devants, murmurait in petto la phrase qui suivait: ?Qu'importe que le Goliath impudent et hardi...? tandis que le prince Basile reprenait tout haut: ?Qu'importe que le Goliath impudent et hardi, venant des frontières de la France, apporte aux confins de la Russie les épouvantes meurtrières; l'humble foi, cette fronde du David russe, frappera subitement la tête de son orgueil, avide de sang. Cette image du bienheureux saint Serge, l'antique zélateur du bien de sa patrie, s'offre à Votre Majesté Impériale. Je regrette que mes forces affaiblies par l'age m'empêchent de jouir de votre douce vue. J'adresse au Tout-Puissant d'ardentes prières. Qu'il daigne augmenter le nombre des justes et accomplir les pieux désirs de Votre Majesté!?

-Quelle force! quel style!? s'écria-t-on de tous c?tés en louant à la fois l'auteur et le lecteur.

Mis en train par cette éloquente ép?tre, les h?tes d'Anna Pavlovna causèrent longtemps encore de la situation du pays et se livrèrent à maintes et maintes suppositions sur l'issue de la bataille qui devait avoir lieu vers cette époque.

?Vous verrez, dit Mlle Schérer, que demain, pour l'anniversaire de la naissance de l'Empereur, on aura des nouvelles, et j'ai de bons pressentiments!?

Continue Reading

Other books by graf Leo Tolstoy

More

You'll also like

The Ghost Wife's Billion Dollar Tech Comeback

The Ghost Wife's Billion Dollar Tech Comeback

Huo Wuer
4.5

Today is October 14th, my birthday. I returned to New York after months away, dragging my suitcase through the biting wind, but the VIP pickup zone where my husband’s Maybach usually idled was empty. When I finally let myself into our Upper East Side penthouse, I didn’t find a cake or a "welcome home" banner. Instead, I found my husband, Caden, kneeling on the floor, helping our five-year-old daughter wrap a massive gift for my half-sister, Adalynn. Caden didn’t even look up when I walked in; he was too busy laughing with the girl who had already stolen my father’s legacy and was now moving in on my family. "Auntie Addie is a million times better than Mommy," my daughter Elara chirped, clutching a plush toy Caden had once forbidden me from buying for her. "Mommy is mean," she whispered loudly, while Caden just smirked, calling me a "drill sergeant" before whisking her off to Adalynn’s party without a second glance. Later that night, I saw a video Adalynn posted online where my husband and child laughed while mocking my "sensitive" nature, treating me like an inconvenient ghost in my own home. I had spent five years researching nutrition for Elara’s health and managing every detail of Caden’s empire, only to be discarded the moment I wasn't in the room. How could the man who set his safe combination to my birthday completely forget I even existed? The realization didn't break me; it turned me into ice. I didn't scream or beg for an explanation. I simply walked into the study, pulled out the divorce papers I’d drafted months ago, and took a black marker to the terms. I crossed out the alimony, the mansion, and even the custody clause—if they wanted a life without me, I would give them exactly what they asked for. I left my four-carat diamond ring on the console table and walked out into the rain with nothing but a heavily encrypted hard drive. The submissive Mrs. Holloway was gone, and "Ghost," the most lethal architect in the tech world, was finally back online to take back everything they thought I’d forgotten.

Abandoned Ex-Wife: Now Untouchable

Abandoned Ex-Wife: Now Untouchable

Tao Yaoyao
5.0

My five-year-old daughter was dying in the ICU, her heartbeat replaced by the continuous, electronic scream of a flatline. I gripped her cold hand, my throat sealed shut by a terror so absolute I couldn't even cry out. I dialed my husband Grayson's private number, the one reserved only for me and his assistants. He declined the call instantly. A second later, a text buzzed against my palm: "In a meeting. Do not disturb. Stop calling." Five miles away, Grayson was at a luxury gala, adjusting his silk tie and laughing with Belle Escobar. He told her I was just being "dramatic" and using our daughter's "fever" as an excuse to avoid the event. He had no idea Effie's heart had already stopped. When I finally reached our penthouse, soaked from the rain and carrying Effie's small socks in a plastic bag, Grayson didn't even look at me. He snapped at me for ruining the hardwood floors and asked if I'd left Effie with the nanny just to "feel sorry for myself." Three days later, while I buried our daughter in a small, lonely ceremony, Grayson was at the Hamptons. Belle posted a photo of him golfing with the caption: "A mental health day with the boys." He didn't even attend the funeral, but he returned home demanding I clear out Effie's room to make a study for Belle's son. The injustice burned through me until there was nothing left. I swallowed a handful of sleeping pills, desperate to join my daughter. But instead of the darkness, I woke up to blinding lights and the scent of Grayson's expensive cologne. I was standing in a ballroom, wearing a blue silk dress I had already burned. Above me, a banner read: "Happy 5th Birthday Kaiden & Effie." I was back, exactly one year before the tragedy. This time, I wasn't going to be the grieving wife. I was going to be their worst nightmare.

The Scars She Hid From The World

The Scars She Hid From The World

REGINA MCBRIDE
4.6

The heavy iron gates of the Wilderness Correction Camp groaned as they released me after three years of state-sponsored hell. I stood on the dirt road, clutching a plastic bag that held my entire life, waiting for the family that claimed they sent me there for "rehab." My brother, Brady, picked me up in a luxury SUV only to throw me out onto a deserted highway in the middle of a brewing storm. He told me I was a "public relations nightmare" and that the rain might finally wash the "stink" of the camp off me. He drove away, leaving me to limp miles through the mud on a snapped ankle. When I finally dragged myself to our family estate, my mother didn't offer a hug; she gasped in horror because my muddy clothes were ruining her Italian marble. They didn't give me my old room back. Instead, they banished me to a moldy gardener’s shack and hired a "babysitter" to make sure I didn't embarrass them further. My sister, Kaleigh, stood there in white cashmere, pretending to cry while clinging to her fiancé, Ambrose—the man who had once been mine. They all treated me like a volatile junkie, refusing to acknowledge that Kaleigh was the one who planted the drugs in my bag three years ago. They wanted to believe I was broken so they wouldn't have to feel guilty about the "wellness retreat" that was actually a torture chamber. I sat in the dark of that shed, feeling the cooling gel on the cigarette burns that covered my arms, and realized they had made a fatal mistake. They thought they had erased me, but I had returned with a roadmap of scars and a hidden satellite phone. At dinner, I didn't beg for their love. I simply rolled up my sleeves and showed them the price of their silence. As the wine spilled and the lies crumbled, I sent a single text to the only person I trusted: "I'm in. Let them simmer." The hunt was finally on.

Chapters
Read Now
Download Book
La guerre et la paix, Tome III La guerre et la paix, Tome III graf Leo Tolstoy Literature
“Trajectory presents classics of world literature with 21st century features! Our original-text editions include the following visual enhancements to foster a deeper understanding of the work: Word Clouds at the start of each chapter highlight important words. Word, sentence, paragraph counts, and reading time help readers and teachers determine chapter complexity. Co-occurrence graphs depict character-to-character interactions as well character to place interactions. Sentiment indexes identify positive and negative trends in mood within each chapter. Frequency graphs help display the impact this book has had on popular culture since its original date of publication. Use Trajectory analytics to deepen comprehension, to provide a focus for discussions and writing assignments, and to engage new readers with some of the greatest stories ever told."The Moving Picture Girls: Or, First Appearances in Photo Dramas" is part of "The Moving Picture Girls" series. "The Moving Picture Girls" is a series about the adventures of Ruth and Alice DeVere who live with their father who is an actor.”
1

Chapter 1 1

30/11/2017

2

Chapter 2 2

30/11/2017

3

Chapter 3 3

30/11/2017

4

Chapter 4 4

30/11/2017

5

Chapter 5 5

30/11/2017

6

Chapter 6 6

30/11/2017

7

Chapter 7 7

30/11/2017

8

Chapter 8 8

30/11/2017

9

Chapter 9 9

30/11/2017

10

Chapter 10 10

30/11/2017

11

Chapter 11 11

30/11/2017

12

Chapter 12 12

30/11/2017

13

Chapter 13 13

30/11/2017

14

Chapter 14 14

30/11/2017

15

Chapter 15 15

30/11/2017

16

Chapter 16 16

30/11/2017

17

Chapter 17 17

30/11/2017

18

Chapter 18 18

30/11/2017

19

Chapter 19 19

30/11/2017

20

Chapter 20 20

30/11/2017

21

Chapter 21 21

30/11/2017

22

Chapter 22 22

30/11/2017

23

Chapter 23 23

30/11/2017

24

Chapter 24 24

30/11/2017

25

Chapter 25 25

30/11/2017

26

Chapter 26 26

30/11/2017

27

Chapter 27 27

30/11/2017

28

Chapter 28 28

30/11/2017

29

Chapter 29 29

30/11/2017

30

Chapter 30 30

30/11/2017

31

Chapter 31 31

30/11/2017

32

Chapter 32 32

30/11/2017

33

Chapter 33 33

30/11/2017

34

Chapter 34 34

30/11/2017

35

Chapter 35 35

30/11/2017

36

Chapter 36 36

30/11/2017

37

Chapter 37 37

30/11/2017

38

Chapter 38 38

30/11/2017

39

Chapter 39 39

30/11/2017

40

Chapter 40 40

30/11/2017